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Axe 1 - Convergence salariale

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1. Evolution moyenne des salaires à long terme depuis les années 1950-1960

Le grand renversement des années 80 (pays avancés / pays émergents)

Les marchés du travail peuvent être régionaux ou mondiaux dans certains types d'activités, mais le cas le plus fréquent est le marché national du travail, influencé principalement par le marché mondial moyen et, secondairement, par les marchés nationaux environnants ou en connexion, selon les niveaux de qualification.

 

Évolution générale à long terme depuis les années 1950

Dans les économies avancées, une croissance rapide des salaires peut être observée jusqu'en 1980, puis un mouvement plus lent de 1980 à aujourd'hui. Entre 1950 et 1980, la croissance et les salaires dans les économies avancées ont augmenté plus rapidement que ceux des pays émergents. La situation s’est inversée dans les années 1980 : les salaires dans les pays émergents croissent plus rapidement que ceux des pays développés (exemples en figure 1).

Au niveau macroéconomique, de 1945 à environ 1980, la croissance et les revenus salariaux augmentent rapidement en Europe et en Amérique du Nord et plus lentement sur les autres continents. Par exemple, le PIB en Europe a augmenté de 5% par an et les salaires de 4%, tandis que le PIB de l'Inde a augmenté de 3% par an et le salaire moyen un peu moins. À partir des années 1980, la situation a été inversée : la croissance et les salaires ont augmenté plus rapidement dans les pays émergents comme l'Inde, le Brésil, la Chine ou l'Afrique du Sud. Le PIB européen a augmenté de moins de 2% par rapport à 1980 et les salaires d'environ 1% par an. Le PIB de l'Inde a augmenté de 6% par an et le salaire de 4%.

Parmi les nombreux biais qui peuvent perturber la comparaison entre la croissance et la masse salariale, il y a l'évolution de la population active dans chaque État[1]. Les données démographiques ont profondément changé. L'Europe par exemple, est passée de 400 millions d'habitants en 1950 à 500 millions aujourd'hui, de 16% de la population mondiale à 8%. Son PIB est passé de 30% du PIB mondial en 1950 à 20% aujourd'hui. À l'heure actuelle, trois pays émergents (Inde, Chine, Brésil) représentent 40% de la population mondiale et leur part du PIB mondial est passée de moins de 10% en 1950 à 20% aujourd'hui, ce qui équivaut à la production de l'Europe ou à celle des États-Unis.

 

Depuis 1995, les salaires mondiaux ont augmenté autour de 2% par an et le PIB de l'ordre de 3,5 à 4%

À partir de 1995, l'OIT dispose de meilleures statistiques à l'échelle mondiale, suffisamment homogènes pour permettre des comparaisons acceptables.

Le PIB mondial a augmenté depuis 1995 entre 3,5 et 3,8% par an. En comparaison, on constate que les salaires moyens ont augmenté en moyenne d'environ la moitié de ce taux (2%), avec des différences significatives entre :

- Les pays avancés : 1%

- Les pays émergents : 3 à 5%, avec beaucoup de situations hétérogènes, par exemple la Chine, entre 5 et 8%, ou l'Inde et le Brésil, environ 3%

(BIT, Rapport mondial sur les salaires, passim, 2008-2017)

 

Moyenne et variance

En ce qui concerne les questions salariales, on utilise largement les moyennes pour effectuer des comparaisons entre les pays et au fil du temps, mais on peut voir très rapidement que la dispersion est la règle

Les graphiques ci-dessous montrent les phénomènes de dispersion entre les sous-groupes de pays classés selon le niveau de vie (figure 2), entre les pays avancés et les pays émergents (figure 3) et dans le sous-groupe des pays émergents (figure 4)

En parité de pouvoir d'achat (PPA), avec un salaire mensuel brut de 1.500 $ en 2012, les habitants des pays avancés reçoivent deux fois plus que la moyenne planétaire, ceux des principaux pays émergents environ les deux tiers de cette même moyenne, ceux des autres pays en développement un petit tiers (Fig. 2)

 

Alors que l'écart entre les plus riches des économies avancées (3.000 dollars) et les pays en développement à bas salaire (200 à 400 dollars) reste considérable (de 1 à 10), comme le montre la figure 3, l'écart entre les différents pays émergents eux-mêmes apparaît également important (de 1 à 9), entre les plus avancés (1,800 $) et les moins favorisés (200 $), comme le montre la figure 4.

 

Comparaison pays développés / pays émergents : méthodologie

Dans ces comparaisons, il faut dépasser les ratios arithmétiques et tenir compte de plusieurs facteurs socio-économiques, politiques et culturels qui relativisent ou influencent les distorsions. Nous pouvons observer dans les pays émergents et en développement :

  • Une proportion supérieure de travailleurs agricoles, impliquant des salaires généralement inférieurs à la moyenne
  • L'importance de l'économie informelle et familiale, qui reste mal enregistrée (sous-monétisée, sous-fiscalisée).
  • L'importance relative des travailleurs indépendants (artisans, commerçants, travailleurs sous contrat) : ce ne sont pas des employés
  • Un taux élevé de travailleurs pauvres (plus que d’employés) à proximité du salaire minimum
  • Une différence significative entre les hommes et les femmes : une qualification professionnelle moins élevée des femmes et des filles
  • Le manque relatif d’Etat social et d'assurances sociales

 

2. Hypothèse de convergence : tendance à égaliser les prix du travail salarié par le commerce international

La tendance à l’égalisation des prix du travail salarié s'est propagée par le commerce international et la mondialisation (Théorème HOS, Heckscher-Ohlin-Samuelson, 1919-1933-1941, en tenant compte de ses limites). Cette égalisation des revenus relatifs et absolus des facteurs devrait apparaître entre les nations, en tenant compte des qualifications : égalisation des salaires entre les ingénieurs, entre les actifs de qualification intermédiaire, entre les ouvriers, pour tous les pays qui font du commerce ensemble[2]. Une égalisation des revenus de capital homogène (avec même productivité du capital et même risque encouru) peut également être observée pour tous les pays qui commercent. L'expansion du commerce, ayant égalisé les revenus des facteurs, au cours de son développement tend à égaliser les prix relatifs des facteurs et les prix absolus. Tout cela se vérifie si toutes les hypothèses sont tenues[3].

L'OIT observe cette lente convergence (figure 5) : chaque point de la courbe représente le salaire moyen d'un pays. Nous observons que la courbe de 2012 s'est déplacée vers la droite par rapport à 2000, principalement en raison de la montée des pays émergents - même si le poids de la Chine tend à exagérer ce phénomène

 

La vérification empirique des hypothèses HOS concernant les prix relatifs donne des résultats composites car les hypothèses du modèle, telles que celles de la concurrence pure et parfaite, se rencontrent rarement dans le monde réel. Le théorème donne une tendance, mais le constat de son applicabilité est entravé par les différences de technologie, de fiscalité, d'organisation du marché du travail ou de coûts de transport, de droits de douane ou de barrières non tarifaires, de concurrence imparfaite et de viscosités du marché du travail, l’existence de plusieurs types de corporatismes, etc.

 

Conclusion

Les différences restent très importantes entre les pays et les continents : le différentiel salarial et le potentiel migratoire

Pourquoi la persistance de grands écarts de salaire à l'échelle mondiale et au sein des continents ?

Le « marché du travail » n'est pas comparable aux marchés des devises, des matières premières ou de l'information et reste segmenté par des effets socioculturels et des spécificités nationales (langue, droit du travail, assurances sociales). Le comblement très lent des écarts entre les pays s'explique en partie par les spécificités du marché du travail :

  • De nombreux marchés du travail restent nationaux : langue parlée, différents droits sociaux et fiscaux, normes non explicites (habitudes), action syndicale
  • La mobilité du travail est beaucoup plus faible que celle du capital : liens familiaux, réseaux sociaux, l'enracinement matériel (biens immobilier, éducation des enfants)
  • Un certain nombre de sous-ensembles restent protégés : fonctionnaires salariés, professions réglementées, etc.

 

Salaires et migrations

La question de la convergence est directement liée à celle des mouvements migratoires dans lesquels l'écart salarial joue un certain rôle (même s'il n'est ni facteur unique ni facteur nécessairement décisif)

Par exemple, la Méditerranée est la zone de contact du monde, où les contrastes des salaires sont presque les plus élevés (1 à 8 en nominal entre le Maghreb et la France, de 1 à 4 en PPA).

Un calcul plus différencié des écarts entre pays, genre, secteurs, etc. pourrait être effectué. Nous avons, par exemple, des études au Maroc sur les motivations des émigrants, les aspirations de leur stratégie financière, leur minimisation des risques sociaux induits par la migration (effet de déclassement des migrants dans le pays d'arrivée)



[1] L'Union européenne représente environ 160 millions de salariés sur une population active de 200 millions et le monde entre 1,2 et 1,5 milliard de salariés de 2,5 à 3 milliards

[2] Wolfgang Stolper, Paul Samuelson, “Protection and Real Wages”, Review of Economic Studies, IX, November 1941, p. 58-67. Le théorème Heckscher-Ohlin (1919-1933) marque le point de départ de l'analyse contemporaine du commerce international, basée sur le théorème HO, qui prédit les processus et la structure des échanges. En 1941, Paul Samuelson et Wolfgang Stolper ont déduit de H-O un autre théorème sur la rémunération des facteurs, qui a été systématiquement incorporé dans la présentation du modèle, maintenant connu sous le nom de modèle HOS

[3] Voir par exemple : D. Salvatore, International Economics, New York, John Wiley & Sons, Inc. 2007, Chap. 5.

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